Dirty Elegance

Publié le par Cabou

GENRE : Downtempo

PAYS : Etats-Unis, New York

ALBUMS : The hero who fell from her pedestal (2010), Ode to Bartleby (2008), Finding beauty in the wretched (2007)

 SITE OFFICIEL : www.myspace.com/dirtyelegancenyc

 

 

 

Finding beauty in the wretched (2007)  

 

 
Petit retour en arrière : Dirty Elegance est - une fois n'est pas coutume - une découverte Myspace. Une invitation hasardeuse comme on en reçoit des dizaines et une première écoute étonnamment facile et enchantée. Intrigant. 6 titres en écoute à l'époque (et encore maintenant) et 6 tubes en puissance sans que pourtant le monsieur ne soit produit ni même simplement (re)connu dans l'hexagone. Curieux d'autant qu'il s'agit là de trip-hop et plus encore d'un trip-hop d'une qualité rare, peut-être même (et je pèse mes mots) l'un des meilleurs albums du genre depuis ses origines. Rien que ça. Vous cherchiez du sang nouveau : en voici un, et du meilleur crû.

Mais qui se cache derrière l'élégance crasse de cet album ? Eh bien... ce n'est pas faute d'avoir creusé ! Quelques échanges myspaciens très sympathiques dans un premier temps (à commencer par un petit conseil d'écoute : Wax Tailor dont il pourrait être un parent proche) Mystérieux américain, mais tout à fait accessible et ouvert sur le ton d'un Love, peace and respect dont il signe chacun de ses messages sans pour autant jamais laisser transparaître quoi que ce soit de trop personnel, un peu à l'image de ces artistes de musique électronique dont personne ne connaît le visage. En ressort tout de même une idée forte selon laquelle il ne produit pas de la musique mais compose de l'émotion... Peut-être est-ce cela le secret de la recette de cette oeuvre en tout point exceptionnelle du début à la fin à l'exception du titre Solicitude un ton en dessous du reste... sauf qu'à ce niveau, c'est du chipotage. Il est vrai qu'avec 18 pistes (sur 19) à la pointe de ce qui peut s'entendre actuellement, il semblait difficile d'en demander plus.

Mais l'album en question ? Finding Beauty in The Wretched s'ouvre avec une certaine légèreté comme on ouvrirait un livre animé dont les titres s'enchaineraient avec cohérence urbaine jusqu'à la dernière note pluvieuse de l'album à l'instar d'un Pomegranate (This illusion sound). Pour en avoir le coeur net, posez-vous et écoutez. Lecteur MP3 et une balade dans les rues d'une grande ville sur le coup des 3/4 heures du mat dans l'idéal. Vous réaliserez alors combien l'ensemble est travaillé, recherché, léché au millimètre. Pas besoin de 15000 écoutes. Juste une. Une toute petite. Celles qui suivront ne serviront qu'à vous convaincre que vous ne rêvez pas. La musique y est sombre et mélancolique mais jamais désespérée. On progresse ici comme une errance noctambule à travers un New York où l'on multiplierait les rencontres. Les morceaux laissent la part belle à des instrus éclairées au néon, truffées de petits sons, de petits trucs, de petits plus avec par moment une voix féminine (Aural myst, Leaves of autumn ou Engloutir) qui lalalise le tout par petites impressions ou encore une autre très hip-hop (Eternal infamy) plus rentre dedans.

Mais il est inutile d'éplucher l'ensemble titre par titre... Finding Beauty in The Wretched est un grand tout funambule qui ne craint pas l'altitude. Les préférences auraient même tendance à évoluer suivant l'humeur ou la sensibilité du moment. L'album est vaste et très ouvert, facile d'accès mais pas simpliste. Et c'est sans doute là la gageur de Dirty Elegance qui s'impose d'ores et déjà comme un artiste de haute volée dont j'attends personnellement le prochain album (lequel, aux dernières nouvelles, ne saurait tarder) avec beaucoup-beaucoup de curiosité... et d'impatience !
Love, peace and respect à New York et son élégance crasse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ode to Bartleby (2008)

 

 

 

Nouvel album de Dirty elegance sous l'égide d'Herman Melville et de son (anti-)héros : Bartleby, un homme de l'administration du milieu du XIXème qui avait su résister avant l'heure à l'absurdité de son époque en 'ne préférant pas' obéir. Ode to Bartleby succède ainsi - un an plus tard - à l'album claque de 2007 : Finding beauty in the wretched, avec cette même capacité à nous raconter des histoires et à nous émouvoir... la surprise en moins, mais le plaisir intact.

Ode to Bartleby se construit comme le précédent : long et dense. 17 pistes, une intro qui vous plonge direct dans l'univers crasse très caractéristique du new yorkais, une part belle laissée aux instrus, des passages très orienté hip d'autres trip (hop), un artbook magnifique... et l'émotion ponctuellement palpable. Certains risqueront même le trop plein auditif sous l'effet sacralisé de la voix de Jenni Muldaur - autre artiste new-yorkaise - en guest sur Floating, très certainement l'un des meilleurs titres trip-hop de l'année 2008.


Mais bon, rien de neuf - me direz-vous - s'il ne s'y greffait pas une teinte de jazz par la présence récurrente d'un saxo pour une entrée déambulatoire dans des clubs enfumés des bas fonds électro-jazz d'un big apple populaire.


Populaire ? Oui, populaire ! car outre l'engagement artistique de Dirty elegance, toujours en quête d'émotion, il faut en souligner le contenu politique très singulier dans un milieu musical peu habitué à la contestation. C'est d'ailleurs dans ce contenu ou dans sa suggestion politique que se trouve la véritable force de cet album. L'utilisation de discours, une musique qui nous parle du monde, notre monde à travers son processus de vieillissement (Senescence) notre monde et sa cyclothymie récurrente (Tranquility & Madness)...


Et quand Dirty elegance évoque Bartleby, il n'hésite pas à citer la romancière américaine Meridel Le sueur "It's not the suffering of birth, death, love that the young reject, but the suffering of endless labor without dream, eating the spare bread in bitterness, being a slave without the security of a slave." Cette voix du petit peuple américain contemporaine de John Steinbeck qui savait évoquer l'asservissement par le travail sans la sécurité de l'esclave !
De quoi méditer en ces temps de crise...

 

 

 

 

The hero who fell from her pedestal (2010)

 

 

Presqu'un an déjà qu'on en parl, presqu'un an que certains d'entre nous ont eu l'honneur d'écouter la première version encore en gestation. Une première mouture d'ores et déjà intéressante même si pas encore aboutie... à l'époque ! Mais le temps a passé et Dame Trip-hop a su veiller au grain.


En découvrant The hero who fell from her pedestal, on comprend mieux le pourquoi du plus d'un an de doute, de recherche et de travail. Ce qui marque d'entrée, plus encore que les précédents (!), c'est la densité car, comme le Seigneur Parov Stelar avec Coco, Mister elegance nous offre pas moins de 24 titres équitablement répartis entre 2 CDs. Et 24 pistes, c'est beaucoup. Ambitieux même.

 

Qu'en est-il alors de ce nouvel opus ? Eh bien, là je dis que la progression est impressionnante entre la version d'essai (fin 2009) et la version définitive (fin 2010). L'introduction d'abord (Cycle reined) pose l'empreinte élégante du monsieur qui a toujours autant de classe quand il est question de langage : un discours, une ligne de rythme puis une mélodie soulignée par de petites vocodorisations impressionnistes. La messe est dite : l'ambiance est posée en quelques notes et on se sent chez soi, dans le prolongement des précédents opus : moins surprenant, mais aussi abouti que Finding beauty in the wretched ; plus accessible que Ode to Bartleby. La tendance hip-hop de ce dernier persiste (Big Pep) tandis que la touche féminine s'efface quelque peu même si toute la sensualité trip-hop de Tibbie X s'exprime merveilleusement sur Strange place. Certains titres s'imposeront très vite comme de petits tubes en puissance (Sacrifice, History of language, Everything to me sur le CD1 ; Washing away the dirty, The lesson, Human construct, Wayward sur le CD2)


Alors bien sûr, l'ensemble ne sonne pas la révolution même si pourtant l'évolution est bien là : un rien de mysticisme en plus. Diying earth avec ses cantiques, Washing away the dirty sur un air d'opéra, voilà qui prouve que notre New Yorkais préféré sait toujours prendre des risques sans pour autant perdre le fil conducteur de son oeuvre : la musicalité de la langue.


La limite à l'ensemble, c'est peut-être justement cette densité : certains titres s'oublieront sans doute assez vite au profit des nombreux tubes. C'est un peu dommage quand on sait combien le tout est fignolé : quelles introductions notamment !!! En fait, là où Coco (Parov Stelar) nous invitait ou à écouter ou à danser (équilibre sucré salé qui a fait merveille l'an dernier et qui permettait de séparer nos écoutes suivant notre humeur et notre envie) Dirty elegance nous offre une entité massive et brute qu'on aurait presque préférée éclatée sur la durée pour mieux en distiller la substantifique moelle.


N'empêche que chapeau bas à cette héroïne tombée de son piédestal. On pourrait d'ailleurs se mettre à plusieurs pour lui faire la courte-échelle, non ?

 

 

Publié dans Artistes

Commenter cet article